vendredi, mai 19, 2006

L’HOMME SANDWICH VS L’HOMME ORCHESTRE

Je sais que je rêve, que j’ai peur, que je suis ridicule, que je suis ridiculement vaniteux mais je me suis fais accroire un jour que j’étais artiste et que parce que je ne sais pas faire grand’chose je m’en suis tenu à ça pour excuser la présence de mon existence. Mais même dans le choix de ma discipline je n’ai pu me décidé et mon cerveau a poussé tout croche, se gonflant tantôt pour la musique, tantôt pour le dessin et la peinture et pour finir je suis tombé dans le méli-mélo du multimédia. Dans ma tête, la technologie n’a pas de limite, mes moyens sont énormes, je fais danser des populations entières tout en les faisant réfléchir à leur condition d’humain capable d’amour, de compréhension afin qu’ils sachent enfin ce qu’est être intelligent. Être intelligent est simple ; il s’agit de regarder autour de soi, mais vraiment regarder, pas se dire qu’on regarde et s’admirer comme on regarde bien ; je crois que nous sommes pour nous-même le plus important obstacle à notre compréhension du monde, ce qui reste tout de même paradoxale… Aussi s’oublier est un moyen de faire partie du monde sans vraiment y renoncer, ne pas aimer vraiment quelqu’un en particulier ou sinon c’est la torture assurée ; la peur de le perdre équivaut à un abonnement à la folie.

Lorsqu’on entend un chanteur dire à son public qu’il l’aime on doit comprendre que ce public un objet interchangeable, pratique parce que composé de plusieurs personnes qui n’ont pas d’identité particulière et qu’il existera toujours… Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. De notre besoin nostalgique de se faire bercer il nous reste cette tendresse que nous avons de nous-même blottis dans le creux d’un corps, la chaleur du sein maternel et l’image touchante et ancestrale de l’enfant maître de l’univers. Bébé, nous ne sommes rien, nous ne savons rien, nos cellules se multiplient et nous sommes cons comme la lune, inconscients, c’est ensuite que ça se gâte… Lorsque nous devenons, croyons-nous, experts en quelque chose ; nous avons la satisfaction d'être quelqu’un en déployant un titre, un diplôme, un costume et pour la plupart c’est fini pour l’intelligence ; il y a de l’argent à amasser pour nos vieux jours qui seront assurément difficiles parce que nous aurons irrémédiablement mal aux os.

D’ailleurs et de toute façon il y a beaucoup d’idiots au Québec, beaucoup de pauvres débiles à casquettes qui portent un logos collé sur le crâne au nom de quelques compagnies artisanes de ce besoin pressant de se mondialiser ; comprendre faire beaucoup de bidous au détriment de tous ces abrutis, qui le sont plus qu’un bétail, car la vache aussi bovine qu’elle soit ne va tout de même jusqu’à se marquer elle-même. Je reste septique sur la profondeur de ce peuple qui s’habille souvent avec le drapeau des autres, qui parle une langue languissante, et qui n’a, somme toute, à peu près pas d’opinion tellement il ne se pose aucune question. La rigolade grasse, nos mots restent dans le grenier d’une pensée que nous n’aurons jamais à éventer. Il est tragique de comprendre que nos enfants mangeront du baptinse et des avoyes, car il est aussi difficile de parler français au Québec que de parler anglais… Nous manquons de pratique et d’interlocuteur… La télé pathétiquement mauvaise en ce commencement de siècle, les comiques, les groupes punks, les groupes de garage voilà toutes notre littérature, même le cinéma est mal connu des jeunes. Le plaisir est partout, le petit plaisir court comme une copulation hâtive, le plaisir que l’on se gratte à chaque fois que ça nous pique, le plaisir provocateur de ce désir maudit, ce désir mesquin du prochain repas.

Ici en Amérique nous ne mourons pas de faim mais de satisfaction grise. Pourtant les feux d’artifices n’ont jamais été aussi éclatants ; le luxuriant foisonnement audio-visuel que la technologie nous permet provoque tout de même cet inassouvissement extraordinaire à travers un blasage presque péché. Que reste-t-il à un artiste qui aime la fascination sinon la fascination. Le dessin est reconnu comme bon lorsque le bon peuple juge que c’est très ressemblant et cela restera encore et encore le critère premier des amateurs. Mais doit-on reconnaître une intention dans la simple virtuosité robotique des virtuoses ? Existe-t-il dans l’aventure de créer un zone où la réflexion vienne prendre le pas sur le talent prodige ?