L’HOMME SANDWICH VS L’HOMME ORCHESTRE
Lorsqu’on entend un chanteur dire à son public qu’il l’aime on doit comprendre que ce public un objet interchangeable, pratique parce que composé de plusieurs personnes qui n’ont pas d’identité particulière et qu’il existera toujours… Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. De notre besoin nostalgique de se faire bercer il nous reste cette tendresse que nous avons de nous-même blottis dans le creux d’un corps, la chaleur du sein maternel et l’image touchante et ancestrale de l’enfant maître de l’univers. Bébé, nous ne sommes rien, nous ne savons rien, nos cellules se multiplient et nous sommes cons comme la lune, inconscients, c’est ensuite que ça se gâte… Lorsque nous devenons, croyons-nous, experts en quelque chose ; nous avons la satisfaction d'être quelqu’un en déployant un titre, un diplôme, un costume et pour la plupart c’est fini pour l’intelligence ; il y a de l’argent à amasser pour nos vieux jours qui seront assurément difficiles parce que nous aurons irrémédiablement mal aux os.
D’ailleurs et de toute façon il y a beaucoup d’idiots au Québec, beaucoup de pauvres débiles à casquettes qui portent un logos collé sur le crâne au nom de quelques compagnies artisanes de ce besoin pressant de se mondialiser ; comprendre faire beaucoup de bidous au détriment de tous ces abrutis, qui le sont plus qu’un bétail, car la vache aussi bovine qu’elle soit ne va tout de même jusqu’à se marquer elle-même. Je reste septique sur la profondeur de ce peuple qui s’habille souvent avec le drapeau des autres, qui parle une langue languissante, et qui n’a, somme toute, à peu près pas d’opinion tellement il ne se pose aucune question. La rigolade grasse, nos mots restent dans le grenier d’une pensée que nous n’aurons jamais à éventer. Il est tragique de comprendre que nos enfants mangeront du baptinse et des avoyes, car il est aussi difficile de parler français au Québec que de parler anglais… Nous manquons de pratique et d’interlocuteur… La télé pathétiquement mauvaise en ce commencement de siècle, les comiques, les groupes punks, les groupes de garage voilà toutes notre littérature, même le cinéma est mal connu des jeunes. Le plaisir est partout, le petit plaisir court comme une copulation hâtive, le plaisir que l’on se gratte à chaque fois que ça nous pique, le plaisir provocateur de ce désir maudit, ce désir mesquin du prochain repas.
Ici en Amérique nous ne mourons pas de faim mais de satisfaction grise. Pourtant les feux d’artifices n’ont jamais été aussi éclatants ; le luxuriant foisonnement audio-visuel que la technologie nous permet provoque tout de même cet inassouvissement extraordinaire à travers un blasage presque péché. Que reste-t-il à un artiste qui aime la fascination sinon la fascination. Le dessin est reconnu comme bon lorsque le bon peuple juge que c’est très ressemblant et cela restera encore et encore le critère premier des amateurs. Mais doit-on reconnaître une intention dans la simple virtuosité robotique des virtuoses ? Existe-t-il dans l’aventure de créer un zone où la réflexion vienne prendre le pas sur le talent prodige ?

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