Rêve
L’amour qui régnait dans notre famille était de la couleur de la joie. Du plus loin que je me souvienne, je ne vois que des visages heureux, inondés d’une bonté sans bornes. Mes sœurs aînées me considéraient comme un premier amant pour qui rien n’était exagéré pour combler son bonheur. Mon père était fier de son fils (moi), il avait prié le Seigneur pour qu’il lui donne un garçon après trois merveilleuses filles et il avait été enfin exaucé. Maman m’aimait tellement que malgré mes humeurs et mes drôles de mots elle cherchait ma présence pour que je lui raconte quelques histoires morales ou comiques. Elle ne comprenait pas toujours, qu’elle me confiait entre deux fous rires, mais je voyais dans ses yeux qu’elle en redemandait toujours de ces discours qui réussissaient souvent à l’étourdir. Et moi j’étais assez fanfaron pour me saouler du spectacle que je lui donnais. D’ailleurs, toute la famille, adorait que je leurs narre des anecdotes. Aussi, je collectionais, dans la journée, les petits événements dont j’embellissais les faits en appuyant sur les côtés dramatiques sous-entendus. Car il y a du tragique dans tout ce que l’on vit, n’est-ce pas ?

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